mercredi 18 mars 2015

Widdershins II : Le Pacte du mensonge, Ari Marmell fait de nouvelles cabrioles


De son faste légendaire, la cité de Davillon a tout perdu. Plongée dans la morosité à la suite des événements qui l'ont secouée, la ville souffre et s'appauvrit. Alors, avec l'Église qui manigance, un mystérieux aristocrate qui débarque pour une vendetta, et une créature à glacer le sang qui se met à rôder dans les rues la nuit, c'est toute la cité qui s'enflamme. Et bien malgré elle, Widdershins sera aux premières loges. Car une fois de plus, la sombre menace qui pèse sur Davillon risque de tout anéantir.


Widdershins, pour vous servir ! (Et vous délester de votre bourse, mais chut.) Le Pacte de la voleuse, premier tome de la série d'Ari Marmell, m'avait agréablement surprise et diablement conquise avec son univers riche et soigné, son rythme effréné et son héroïne du tonnerre. Je me faisais donc une joie de retrouver l'intrépide voleuse aristocrate dans ce deuxième volume qui promettait autant d'action et de rebondissements que son prédécesseur. Et je dois dire que, si Le Pacte du mensonge ne m'a pas autant charmée que le premier, cette promesse n'est en rien brisée !

En effet, pas le temps de s'endormir aux côtés de Widdershins, le rythme de ses aventures est toujours aussi soutenu et il faut tenir la cadence ! Complots, mystères, meurtres, surnaturel et magie : plusieurs intrigues se tissent avant de se rejoindre. Et si ce tome est moins politico-religieux que le premier, le surnaturel y étend davantage ses ramifications, pour notre plus grand plaisir. Ici, c'est une horrible créature de cauchemar qui est mise en lumière — ou plutôt, dans l'ombre puisqu'elle se déplace la nuit, et celle-ci fout sacrément les pétoches. Face à ces meurtres d'une atrocité à la limite du supportable et ces mises en scène tordues, on se fait tout petit. Bref, cette créature n'est pas très sympathique. Et pour cause, elle est inspirée d'obscurs contes galiciens, un détail que j'ai beaucoup apprécié, car Ari Marmell entremêle habilement l'innocence de ces comptines d'enfants avec la monstruosité des crimes de cette chose abominable.

Si cet aspect surnaturel se révèle captivant, j'ai cependant regretté que les différents fils de l'intrigue occupent toute la scène au détriment de l'approfondissement de l'univers. En effet, on découvrait la cité de Davillon avec beaucoup de curiosité dans le premier tome, et j'ai trouvé que l'univers était ici placé au second plan. J'aurais aimé en découvrir plus sur les dieux, sur les rouages de la ville et du pouvoir qui me fascinent tant et qui auraient apporté à mes yeux une richesse supplémentaire. Nonobstant cette légère déception, la plume d'Ari Marmell, toujours aussi fluide et enlevée, vient enjoliver le récit et le rend moins chaotique que le premier tome, qui était fragmenté en de nombreuses analepses et nous faisait parfois perdre le fil. Ici, point de retours en arrière, la narration linéaire nous assure une progression plus traditionnelle mais non moins efficace. Et s'il y a une chose que l'on retrouve avec délice dans ce deuxième opus, c'est l'humour qui s'échappe de la plume de l'auteur ! Les dialogues bourrés de piquant du Pacte de la voleuse m'avaient bigrement séduite, et j'ai adoré retrouver ces petites touches d'humour pleines d'intelligence et de vivacité au détour de dialogues particulièrement cocasses.


Concernant notre héroïne, celle-ci manque un peu de panache à l'ouverture de récit, à l'image de la cité « déflorissante » de Davillon. Notre voleuse est un peu rouillée, et j'ai aimé cette petite touche de faiblesse qui, hélas, a été vite occultée au profit de ses étonnantes capacités. Encore une fois, Widdershins nous éblouit, mais un peu trop, car n'étant pas au mieux de sa forme au début, elle m'a parue étonnamment forte par la suite et j'aurais aimé la voir peiner davantage. J'avais adoré plonger dans son passé d'aristocrate dans le tome précédent, et je dois avouer que cet aspect — tout comme sa relation avec Alexandre — m'a manqué. Toutefois, la voleuse est ici confrontée à de nombreuses épreuves et elle n'en ressortira pas totalement indemne, ce qui présage une jolie évolution pour la suite. En parlant d'évolution, celle de sa relation avec le major Bouniard est délicieuse, et si l'on sent que quelque chose passe entre eux, on va de surprise en surprise ! Jusqu'au final, qui m'a laissée… abasourdie. Mais, mais, mais… C'est pas juste ! Oui, Lumen, spécialiste des fins intenables, a encore récidivé. Ari Marmell nous plante sa rapière dans le cœur, et c'est avec une impatience redoublée que j'attends le troisième tome pour le provoquer en duel et lui demander réparation pour cette fin bien cruelle.

Ainsi, j'ai passé un très bon moment avec cette deuxième aventure de Widdershins, servie comme à l'accoutumée par la plume souple et habile comme un chat d'Ari Marmell, bourrée d'un humour fin et intelligent qui m'a fait sourire à de nombreuses reprises. Mais j'ai trouvé que Le Pacte du mensonge ne brillait pas du même éclat que Le Pacte de la voleuse ; il lui manquait cette petite étincelle qui enflamme le tout. Peut-être parce que la découverte de l'univers qui m'avait captivée dans le premier tome était passée, et que j'attendais d'en découvrir plus sur Davillon, sur Widdershins. Mais je n'en reste pas moins entichée de la voleuse, et il me tarde de la suivre dans ses nouvelles aventures qui promettent d'être rocambolesques à souhait !

Le Pacte du mensonge (Widdershins, T. 2), Ari Marmell.
Lumen, 2014, 405 pages.

10 commentaires:

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    1. Je ne peux que te conseiller de foncer, elle est vraiment très divertissante ! Et Widdershins est une sacrée héroïne, tu ne t'ennuieras pas avec elle. :)

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  2. Le tome 1 est dans ma WL, j'ai vraiment hâte de pouvoir le lire :D (comme beaucoup d'autres des éditions Lumen d'ailleurs... Je vais m'acheter the book of Ivy aujourd'hui !! :3)

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    1. Ah, je te comprends, le tome 1 est excellent, je l'avais adoré ! J'espère que tu cèderas vite, héhéhé. Et merveilleux choix pour The Book of Ivy, tu vas adorer ! Bonne lecture :D

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  3. Ecoute, je sais que j'ai tendance à me répéter, mais là encore, j'ai un énorme coup de coeur pour une couverture Lumen ! Et c'est un auteur Bragelonne qui te le dit :D
    Sérieusement, je suis heureux qu'une nouvelle maison d'édition contribue à faire bouger les lignes, c'est une bonne nouvelle pour tout le monde.

    Dommage que le tome 2 soit un peu moins bon que le premier opus, mais tu m'a donné envie de découvrir cet univers, merci !

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    1. Tu as vu ! Je suis amoureuse de ces couvertures, elles sont tout simplement fantastiques, et encore plus réussies que les couvertures originales. Elles sont signées Paolo Barbieri, celui qui a illustré notamment Les Chroniques du monde émergé (splendides, également). Et si c'est un auteur Bragelonne qui le dit, alors... c'est la super classe ! :D

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  4. Salut :)
    J'ai lu le tome un le mois dernier que j'ai bien aimé (même si je l'ai trouvé assez proche de Keleana que j'avais préféré). Ton article me donne donc bien envie de lire la suite mais me fait un peu peur sur certains points. Par contre, je trouve ça normal que l'héroïne soit si forte. Après tout elle a un dieu derrière elle qui fait beaucoup ;)

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    1. Hello Bibi :)
      Contente que tu aies aimé le premier tome de Widdershins, je l'avais beaucoup apprécié aussi ! Je n'ai pas lu Keleana, mais cette série m'attire beaucoup également. Pour le côté méga fortiche de l'héroïne, effectivement, ça peut sembler normal vu qu'elle a Olgun pour lui donner un coup de pouce, mais ça m'a un poil dérangée parce qu'elle apparaît beaucoup plus faible et rouillée au début et que d'un coup, cet aspect disparaît. Mais rien de bien méchant ;)

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  5. On n'a pas été désappointées par les mêmes points, mais je vois que le ressenti général est le même. Vu la fin (mais POURQUOIIIIII ???!!!! J'aurais rarement autant hurlé sur une fin de roman Lumen !), j'ai follement hâte de lire le 3 !

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    1. Voui, pour une fois, on n'a pas aimé les mêmes choses, c'est bizarre. ^^ Mais rigolo ! Raaah, c'te fin ! Lumen est un peu criminel, quand même.

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