vendredi 8 mai 2015

Coda, Emma Trevayne chante l'apocalypse


Dans un futur proche, la société est contrôlée par la toute-puissante Corporation. En diffusant une musique capable de manipuler l'esprit, la Corp parvient à s'assurer la soumission de chacun. Anthem est un adolescent de 18 ans. Le jour, il doit se plier aux règles de la Corp, mais la nuit, lui et ses amis se retrouvent pour jouer librement de la musique dans leur groupe clandestin. Sauf que lorsque la Corporation élimine l'un de ses amis, il est temps pour Anthem de réagir : cette fois, plus rien ne peut arrêter l'élan de liberté auquel la jeunesse aspire. Mais cette liberté a un prix… Anthem sera-t-il prêt à le payer ?


Noyé dans la masse des romans dystopiques qui se sont multipliés comme des petits pains ces derniers temps, l'énigmatique Coda d'Emma Trevayne semble être resté dans l'ombre. Je l'ai rarement croisé au détour de la blogosphère, et quand ma chère Agnès Marot me l'a conseillé, je n'en avais jamais entendu parler. Et bordel, ce qu'elle a eu raison ! Pourquoi cette petite pépite n'a pas explosé dans les ventes ? Je n'en sais foutre rien, mais une chose est sûre, Coda mérite qu'on lui accorde bien plus d'attention. Vous êtes prêts ? Musique !

Ce qui nous frappe comme un uppercut dès les premières pages, c'est l'univers minutieusement construit par Emma Trevayne. Lâchés sans guide de survie dans le monde post-apocalyptique d'Anthem, on est un peu paumés au départ, et il nous faut un temps pour apprivoiser l'univers, ses codes, ses règles. Mais à travers les yeux d'Anthem, on découvre toute la noirceur et la perversité de ce monde dirigé par la Corporation, ce gouvernement dictatorial tout-puissant qui garantit la soumission du peuple grâce à la musique qu'elle encode et qui agit comme une drogue. Cette musique-drogue, c'est terriblement intelligent et malin, et ça fait froid dans le dos, car c'est typiquement le genre de choses qui pourrait être inventé dans quelques décennies. Rien de très réjouissant. Mais c'est captivant. J'ai découvert les rouages de ce monde glauque et pourri avec fascination, de la Ferme où Anthem transmet l'énergie de son corps pour la filer à la Corp contre salaire, au club de Pixel où le jeune héros va toutes les nuits pour se shooter à la musique et tenir le coup, jusqu'à la cave clandestine où il retrouve ses amis pour jouer de la vraie musique non-encodée. C'est sombre, sale, glauque. Pas de lumière, presque aucun espoir ne filtrent à travers cette obscurité oppressante. Ça vous prend aux tripes et ça ne vous lâche pas jusqu'à la fin, comme un chien enragé.


La plume de l'auteure y est pour beaucoup, car Emma Trevayne use d'une écriture brute, directe, presque stroboscopique. Les jeunes y parlent comme des jeunes, jurent et profèrent des insultes, et ça sonne vrai. De bout en bout, j'ai été tenue en haleine par sa plume, captivante, obsédante comme une mélodie entêtante. Mais mon admiration va également à la traductrice, Justine Niogret, qui a fait un boulot formidable avec les mots-valises et les termes inventés par Emma Trevayne, qu'il s'agisse des « mélodoses », ces mélodies qui fonctionnent comme des drogues, aux « Corp-orateurs », les présentateurs télé de la Corp, ou encore, les « ordi-J », ces ordinateurs qui occupent la fonction de DJ. C'est brillant, fluide, efficace. Bref, du sacré bon boulot.

En plus d'un univers qui brille et nous frappe par son originalité, Coda est porté par des personnages bruts, taillés directement dans l'asphalte noir de cette cité d'après apocalypse. À commencer par notre héros, Anthem, qui subit au départ en silence la toute-puissance de la Corp, puis se révolte lorsque l'un de ses amis meurt sous ses yeux. Prise de conscience, doutes, peurs, résignation… Anthem doit lutter à chaque instant contre la Corp, mais aussi contre sa propre addiction à la musique encodée, et cette faiblesse m'a particulièrement séduite, même s'il m'a parfois saoulée à retourner sa veste. Anthem n'est pas un héros, il peut aussi être lâche, faible, influençable, notamment quand il est question de sa famille, et j'ai été incroyablement touchée par sa relation avec son petit frère et sa petite sœur. Les autres personnages ne sont pas en reste, et je me suis profondément entichée de Havre, de Viseur et de Pixel, qui restent néanmoins assez mystérieux et qu'il me tarde de découvrir plus en profondeur dans le tome suivant. Justement, je croise les doigts pour que la collection Scarlett publie le deuxième tome, Chorus, malgré le succès apparemment mitigé de Coda, mais je dois bien vous avouer que je pars pessimiste.

Dans tous les cas, je remercie vivement Panini Books d'avoir pris le risque de publier Coda, parce que c'est de la bonne. Si, avec son héros qui part en rébellion contre un gouvernement dictatorial tout-puissant, Emma Trevayne semble n'avoir rien inventé, elle nous plonge en revanche dans un univers brillant d'originalité en faisant de la musique une drogue et un moyen de contrôler les foules. Ça colle des sueurs froides et ça obsède, comme une bonne came, et on ne redemande qu'à se faire un nouveau fix. Alors, n'attendez plus une seule seconde. Ouvrez les yeux et les oreilles, et laissez-vous enivrer par la douce mélodie de Coda.

Coda (T. 1), Emma Trevayne.
Panini Books, collection Scarlett, 2014, 382 pages.

14 commentaires:

  1. Mais ça a l'air trop bien, ça ! Zou, noté ! Ces derniers temps, j'ai l'impression que Panini-Eclipse (ou quel que soit le nom actuel) fait surtout du zombies mais, avec un peu de chances, ils suivront la série !

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    1. Cooool, je suis super contente qu'il t'intéresse ! Oui, il me semble que Panini ne marche pas fort en ce moment, et qu'ils ont décidé de se recentrer sur ce qui fonctionne : les zombies. D'où leurs nombreuses publications zombiesques ces derniers temps...

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  2. Comme tu le dis je ne comprends pas du tout pourquoi on n'entend pas plus parler de cette dystopie... Elle a pourtant les atouts pour plaire : des personnages percutants et une intrigue forte <3 J'ai adoré!

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    1. Je me souviens de ta belle chronique, qui était si juste ! C'est vraiment un mystère, en effet... Alors que d'autres dystopies bien moins bonnes ont plus le vent en poupe !

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  3. Bon, je retiens :D c'est vrai qu'il y a pas mal de "sélections" sur la blogo, et les livres connus sont de plus en plus lu, ce qui n'est pas toujours le cas des moins connus !

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    1. Super ! Je suis bien d'accord, on voit toujours les mêmes livres sur la blogo... Alors autant laisser une petite chance à un titre moins connu et original ! :D

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  4. Je ne connaissais pas, et merci pour cette découverte ! :) il a l'air vraiment bien^^

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    1. Avec plaisir ! J'espère que tu te laisseras tenter, il vaut vraiment le coup. :)

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  5. En effet, je n'avais jamais entendu parler de ce roman, je rate peut-être quelque chose! Je le garde dans un coin de ma tête, mais je ne suis pas sûre pour autant de le lire. Je m'éloigne de plus en plus de la dystopie :/

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    1. Je comprends que tu t'éloignes de la dystopie, c'est vrai qu'on est submergés en ce moment et moi aussi, ça a tendance un peu à me gonfler... Mais si l'envie d'en lire te revient, pense à Coda ! :D

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  6. Ouuuh, c'est que ça a l'air d'envoyer du pâté, tout ça ! Merci pour la découverte mon p'tit, je note !

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    1. Mais toutafé, Coda est estampillé "envoie du pâté" ! Héhéhé, tout le plaisir est pour moi. :D

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  7. Quel cri d'amour ! Tu m'as convaincu, je place immédiatement ce livre dans ma wish list... Et puis, le coup de la musique non-encodée, quelle idée géniale !

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    1. Franchement, si Agnès et moi on adore... c'est que c'est de la bombe, héhé ! Je me réjouis que tu le gardes en tête, et j'espère vraiment qu'il te plaira si tu craques un jour, car ce concept de musique encodée et non-encodée est juste brillant !

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